Samsung va tester l’AI-RAN sur des réseaux 5G privés avant la 6G

Samsung va tester l'AI-RAN

Samsung annonce avoir signé avec les opérateurs coréens KT et SK Telecom deux contrats consacrés à l’AI-RAN. Les projets démarreront en octobre sur des réseaux privés 5G Standalone installés dans des environnements industriels, notamment un chantier naval et un complexe pétrochimique. L’objectif est d’utiliser simultanément réseau mobile, Edge AI et robots autonomes.

Samsung possède une activité réseau moins visible du grand public que ses smartphones Galaxy. L’entreprise développe pourtant des chipsets, radios, cœurs de réseau, vRAN, Open RAN et outils d’automatisation destinés aux opérateurs. Dans les deux projets coréens, elle sera l’unique fournisseur international retenu par KT et le principal fournisseur de SK Telecom.

AI-RAN rapproche l’intelligence artificielle de l’antenne 5G

Le terme RAN, pour Radio Access Network, désigne la partie du réseau mobile qui relie les terminaux aux infrastructures de l’opérateur.

Avec les réseaux traditionnels, les équipements radio et les fonctions informatiques associées sont largement optimisés pour transporter les communications.

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L’AI-RAN cherche à rapprocher davantage les ressources de calcul liées à l’intelligence artificielle de cette infrastructure.

L’idée possède plusieurs dimensions.

L’IA peut d’abord servir à gérer le réseau lui-même : anticiper la charge, optimiser l’utilisation des fréquences, détecter des anomalies ou ajuster la consommation énergétique.

Mais la même infrastructure peut aussi fournir des ressources de calcul à des applications fonctionnant à proximité.

Samsung veut précisément explorer ce deuxième aspect dans les nouveaux projets coréens.

Au lieu d’envoyer systématiquement les données d’un robot vers un datacenter distant, une partie du traitement peut être exécutée sur une infrastructure Edge installée localement.

Cette proximité réduit les distances parcourues par les données et peut diminuer la latence.

Pour un chatbot, quelques dizaines de millisecondes supplémentaires sont rarement critiques. Pour un robot qui doit analyser son environnement et agir immédiatement, elles peuvent avoir davantage d’importance.

KT va connecter des robots de soudage dans un chantier naval

Le premier projet sera mené par KT au chantier naval Yeongam de HD Hyundai Samho.

Samsung fournira notamment sa solution Network in a Server, ou NIS.

Cette plateforme regroupe un vRAN, un AI Core et des applications d’intelligence artificielle sur une infrastructure Edge intégrée.

Le système fonctionne sur un serveur Compact Edge de Supermicro équipé d’un processeur AMD EPYC 8004 et de Wind River Cloud Platform. Des accélérateurs GPU peuvent être ajoutés lorsque l’application nécessite davantage de calcul.

L’un des cas d’usage présentés concerne un robot quadrupède destiné aux opérations de soudage.

Le robot utilise le réseau 5G privé pour échanger les données nécessaires à l’analyse de son environnement et à son fonctionnement.

Samsung cite également des robots de peinture ainsi que des machines autonomes destinées à différentes opérations de télécommunications.

Ce type de scénario explique l’intérêt du réseau privé.

Un chantier naval peut contrôler sa propre couverture radio, dimensionner l’infrastructure selon les besoins des machines et conserver localement une partie des données.

La 5G SA fournit en parallèle une architecture adaptée à des communications à faible latence et à une gestion plus fine des services.

SK Telecom testera des robots de surveillance dans la pétrochimie

Le deuxième projet se déroulera chez SK Incheon Petrochem.

SK Telecom prévoit d’utiliser un robot autonome chargé de patrouiller dans des zones potentiellement dangereuses.

La machine doit transmettre des vidéos haute définition pendant ses déplacements. Ces images pourront ensuite être analysées par des systèmes d’intelligence artificielle afin d’identifier des situations anormales.

Le réseau doit donc remplir plusieurs fonctions simultanément : fournir une connexion mobile au robot, maintenir le débit nécessaire à la vidéo et permettre au système d’analyse de réagir rapidement.

Samsung fournira là aussi son architecture NIS.

L’entreprise met également en avant CognitiV Network Operations Suite, sa plateforme destinée à automatiser certaines opérations réseau grâce à l’IA.

L’industrie pétrochimique constitue un terrain intéressant pour ce type d’expérimentation. Les sites sont étendus, comprennent des zones difficiles d’accès et nécessitent une surveillance continue.

Un robot peut entrer dans des environnements où envoyer régulièrement un opérateur humain serait plus contraignant ou dangereux.

L’intérêt de l’AI-RAN ne vient donc pas d’un simple ajout de fonctions génératives au réseau. Il s’agit ici de relier directement calcul, perception et connectivité.

La 5G privée sert de laboratoire à la future 6G

Les projets sont intégrés à l’initiative coréenne Hyper AI Network du ministère des Sciences et des TIC.

Samsung, KT et SK Telecom présentent explicitement ces travaux comme une étape vers des réseaux AI-native 6G.

Cela ne signifie pas que les équipements testés constituent déjà de la 6G.

Ils reposent sur une infrastructure 5G Standalone existante.

L’intérêt consiste plutôt à expérimenter dès aujourd’hui certaines architectures qui pourraient devenir plus importantes dans la prochaine génération : intégration du calcul, automatisation réseau, perception distribuée et interaction avec des machines autonomes.

La 6G est régulièrement associée à l’idée d’un réseau nativement conçu pour exploiter l’intelligence artificielle.

La différence avec la situation actuelle serait importante.

Aujourd’hui, l’IA est généralement ajoutée à une infrastructure télécom existante. Dans un réseau AI-native, elle pourrait participer dès la conception à l’orchestration des ressources radio et informatiques.

Les expériences menées sur des réseaux privés permettent de tester ces concepts dans un environnement beaucoup plus contrôlé qu’un réseau mobile national.

Pourquoi ce projet est intéressant au-delà de la Corée

L’annonce concerne des entreprises coréennes, mais les problématiques sont universelles.

L’Europe développe elle aussi les réseaux privés 4G et 5G pour l’industrie, les ports, les aéroports, la logistique et différents sites critiques.

Les robots mobiles, véhicules autonomes et caméras intelligentes génèrent davantage de données que les capteurs industriels traditionnels.

Ils ont également besoin d’une communication plus réactive.

Faire transiter toutes les informations par un cloud situé à plusieurs centaines de kilomètres n’est pas toujours optimal.

L’Edge Computing associé à une infrastructure 5G privée permet de conserver certains traitements à proximité.

Samsung indique que son AI-RAN sait déjà intervenir sur la détection d’anomalies, l’amélioration du débit et l’efficacité énergétique.

Les essais prévus à partir d’octobre devront maintenant montrer ce que cette architecture apporte lorsque les machines quittent les laboratoires pour travailler dans un chantier naval ou une installation pétrochimique.

Pour Planet Sans Fil, le sujet constitue surtout un exemple concret de la convergence en cours entre 5G, IA et robotique. La future 6G ne sera vraisemblablement pas définie uniquement par une nouvelle hausse des débits radio : l’intelligence distribuée à travers le réseau devrait devenir une partie importante de son architecture.

Récapitulatif technique

  • Technologie réseau : 5G Standalone privée
  • Architecture : AI-RAN
  • Fournisseur : Samsung Networks
  • Opérateurs : KT et SK Telecom
  • Plateforme : Network in a Server
  • Fonctions : vRAN, AI Core, applications AI
  • Gestion : CognitiV NOS
  • Serveur : Supermicro Compact Edge / AMD EPYC 8004
  • Usages : robotique industrielle, vidéo, surveillance
  • Début des projets : octobre 2026
  • Objectif à long terme : AI-native 6G

Prix et disponibilité : projets industriels, sans tarification publique.

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À propos de l'auteur

David Peruch
David Peruch est responsable éditorial de Planet Sans Fil, média francophone consacré aux technologies sans fil. Depuis deux décennies, il couvre le Wi-Fi, le Bluetooth, les réseaux mobiles, les objets connectés, les smartphones, l’audio et la maison connectée. Auteur de plus de 14 000 articles, il publie des actualités, dossiers, comparatifs et tests destinés à rendre les nouvelles technologies accessibles au grand public.

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