Les grands opérateurs télécoms européens mettent la pression sur Bruxelles. Dix-sept dirigeants du secteur demandent une révision de plusieurs orientations du Digital Networks Act, le futur cadre européen destiné à moderniser les règles des télécommunications. Spectre radio, fibre optique, 5G, future 6G et cybersécurité sont au cœur d’un débat qui pourrait directement influencer les investissements dans les réseaux européens.
Cette prise de position réunit plusieurs des principaux groupes télécoms du continent, parmi lesquels Orange, Deutsche Telekom, Telefónica, Telenor, TIM, KPN, Proximus, Swisscom et Liberty Global. Réunis autour de Connect Europe, ces acteurs exploitent une part importante des infrastructures fixes et mobiles européennes et investissent chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros dans leurs réseaux.
17 dirigeants télécoms interpellent directement l’Union européenne
La lettre publiée le 15 septembre 2026 intervient alors que le Digital Networks Act suit toujours la procédure législative européenne. Présenté par la Commission le 21 janvier 2026, le texte doit remplacer et regrouper plusieurs dispositifs existants, dont une grande partie du Code européen des communications électroniques. Au Parlement européen, le dossier est toujours en attente d’une décision en commission.
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L’objectif affiché par Bruxelles est notamment de simplifier les règles, réduire la fragmentation entre les 27 marchés nationaux et favoriser le développement des réseaux fibre, 5G et 6G.
Les opérateurs partagent l’objectif d’amélioration des infrastructures, mais contestent certains mécanismes retenus. Selon eux, le cadre réglementaire doit avant tout permettre de mobiliser davantage de capitaux pour moderniser les réseaux.
475 milliards d’euros nécessaires pour moderniser les réseaux mobiles
La question du financement occupe une place centrale. Une étude de GSMA Intelligence estime à environ 475 milliards d’euros les investissements nécessaires sur dix ans pour amener les réseaux mobiles européens au niveau des marchés les plus avancés.
Selon cette étude publiée en mai 2026, environ 270 milliards d’euros pourraient être investis dans les conditions actuelles. Il resterait donc un écart d’environ 205 milliards d’euros à financer.
Ces montants englobent notamment la densification des réseaux, l’extension de la couverture, le déploiement de la 5G Standalone et la préparation des futures infrastructures.
Pour les opérateurs, les décisions réglementaires prises aujourd’hui auront donc des conséquences sur leur capacité à financer la prochaine génération de réseaux.
Le spectre radio devient un point central du Digital Networks Act
Les fréquences constituent l’un des sujets les plus sensibles. Les dirigeants télécoms demandent que les licences de spectre puissent être accordées pour une durée indéterminée par défaut et, dans certains cas, pour au moins 40 ans.
Ils estiment avoir consacré environ 110 milliards d’euros aux licences de fréquences en douze ans et considèrent qu’un système moins dépendant d’enchères régulières permettrait de réorienter davantage de capitaux vers les infrastructures.
La Commission va déjà dans le sens d’une plus grande prévisibilité. Sa proposition prévoit notamment d’allonger la durée des droits d’utilisation, de faciliter leur renouvellement et d’encourager le partage du spectre lorsque cela permet une utilisation plus efficace des fréquences.
Le débat porte donc moins sur le principe d’une réforme que sur les conditions précises dans lesquelles ces fréquences seront attribuées.
Fibre optique : le calendrier d’arrêt du cuivre fait débat
Autre point sensible du Digital Networks Act : la transition des anciens réseaux cuivre vers la fibre optique.
La Commission souhaite accélérer cette évolution grâce à des plans nationaux de transition. L’objectif est d’accompagner progressivement l’Europe vers des infrastructures principalement basées sur la fibre.
Les opérateurs demandent cependant davantage de souplesse. Selon leur lettre, la fermeture des réseaux cuivre devrait pouvoir tenir compte de la demande locale, du niveau de couverture et des conditions propres à chaque marché.
Ils affirment consacrer plus de 30 milliards d’euros par an aux réseaux FTTH. Leur position consiste donc à privilégier une transition progressive plutôt qu’un calendrier uniforme imposé à tous les marchés européens.
La 5G Standalone et la 6G au cœur des futurs investissements
Derrière cette discussion réglementaire se joue aussi la prochaine évolution des réseaux mobiles.
La 5G Standalone, qui fonctionne avec un cœur de réseau spécifiquement conçu pour la 5G, permet notamment d’exploiter des fonctions comme le network slicing. Cette technologie peut créer plusieurs réseaux virtuels présentant des caractéristiques différentes sur une même infrastructure physique.
Elle constitue également une étape importante avant l’arrivée de la 6G, dont les premiers déploiements commerciaux sont généralement attendus autour de la fin de la décennie.
Les opérateurs souhaitent disposer de davantage de latitude pour développer des services utilisant différentes qualités de connexion et de nouveaux modèles économiques. Le Digital Networks Act pourrait donc avoir des effets qui dépasseront largement les forfaits mobiles actuels.
Cybersécurité : jusqu’à 40 milliards d’euros de remplacement évoqués
Le second dossier contesté concerne la révision du Cybersecurity Act. La Commission veut renforcer la sécurité des chaînes d’approvisionnement numériques et réduire les dépendances à des fournisseurs considérés comme présentant des risques élevés.
Dans les réseaux mobiles, le projet prévoit notamment des mesures permettant d’écarter progressivement certains fournisseurs à risque des infrastructures critiques. La Commission avait déjà considéré en 2023 que les restrictions décidées par certains États contre Huawei et ZTE étaient justifiées au regard de la boîte à outils européenne sur la sécurité de la 5G.
Les signataires de la lettre évaluent pour leur part à 40 milliards d’euros au maximum le coût potentiel du remplacement d’équipements concernés. Ce chiffre émane donc de l’industrie et non d’une estimation indépendante de la Commission. Les opérateurs demandent une approche proportionnée et fondée sur l’évaluation des risques.
Ce qu’il faut retenir
Le Digital Networks Act doit redéfinir une partie importante du cadre réglementaire européen des télécommunications. Dix-sept dirigeants demandent aujourd’hui des modifications concernant le spectre, la fibre et les possibilités offertes aux réseaux 5G et 6G. Le secteur estime que 475 milliards d’euros seront nécessaires pour disposer de réseaux mobiles européens de premier plan sur la prochaine décennie. La cybersécurité constitue parallèlement un autre point de désaccord important.
Positionnement sur le marché
Le débat concerne l’ensemble du marché européen des télécommunications : opérateurs mobiles, fournisseurs d’accès fibre, équipementiers et entreprises utilisant des réseaux privés ou des services 5G avancés.
Orange, Deutsche Telekom, Telefónica, TIM ou Proximus cherchent notamment à sécuriser leurs investissements à long terme. Les pouvoirs publics européens doivent parallèlement prendre en compte la concurrence, les droits des utilisateurs, la sécurité des infrastructures et la réduction des dépendances technologiques.
Le Digital Networks Act se trouve ainsi au croisement des politiques de connectivité, de compétitivité et de souveraineté numérique.
FAQ : Digital Networks Act
Qu’est-ce que le Digital Networks Act ?
Il s’agit d’une proposition de règlement européen présentée le 21 janvier 2026. Elle vise à simplifier et harmoniser les règles applicables aux réseaux numériques et doit notamment remplacer le Code européen des communications électroniques.
Pourquoi les opérateurs demandent-ils sa modification ?
Ils estiment que certaines règles pourraient limiter les capitaux disponibles pour la fibre, la 5G et la 6G. Ils demandent notamment des licences de fréquences plus durables et davantage de flexibilité dans la fermeture des réseaux cuivre.
Combien l’Europe devrait-elle investir dans les réseaux mobiles ?
GSMA Intelligence estime les besoins à environ 475 milliards d’euros sur dix ans, dont environ 205 milliards ne seraient pas couverts par les investissements actuellement anticipés.
La 6G est-elle concernée ?
Indirectement oui. Les investissements, fréquences et infrastructures définis aujourd’hui prépareront les réseaux qui serviront au développement de la future 6G.
Pourquoi Huawei est-il au centre du débat ?
Huawei fait partie des fournisseurs concernés par les préoccupations européennes relatives aux fournisseurs à haut risque. Les opérateurs avertissent que le remplacement obligatoire de certains équipements pourrait entraîner des coûts importants.
Récapitulatif technique
- Investissements mobiles estimés : 475 milliards d’euros sur dix ans
- Écart d’investissement estimé par la GSMA : environ 205 milliards d’euros
- Spectre payé par les opérateurs : environ 110 milliards d’euros en douze ans selon les signataires
- Investissements FTTH annoncés : plus de 30 milliards d’euros par an
- Technologies concernées : fibre FTTH, 5G, 5G Standalone, network slicing et future 6G
- Cybersécurité : jusqu’à 40 milliards d’euros de coûts de remplacement avancés par les opérateurs
- Situation du texte : procédure législative européenne en cours en septembre 2026
En résumé
Dix-sept dirigeants télécoms européens demandent une évolution du futur cadre réglementaire des réseaux numériques. Les discussions portent principalement sur les fréquences, la transition vers la fibre, les investissements dans la 5G et la 6G ainsi que la cybersécurité. Le texte définitif pourrait influencer durablement la manière dont les réseaux européens seront financés et déployés au cours de la prochaine décennie.
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