Hubble Network permet désormais à un appareil Bluetooth LE de communiquer directement avec un satellite.

Hubble Network permet désormais à un appareil Bluetooth LE de communiquer directement avec un satellite

Hubble Network vient d’ouvrir commercialement son réseau satellite aux appareils Bluetooth Low Energy. Cette annonce prend une dimension particulière cette semaine avec le passage du service en disponibilité générale : selon Hubble, un équipement Bluetooth compatible peut transmettre directement vers un satellite en orbite basse sans modem satellite dédié, une simple évolution du firmware pouvant suffire dans certains cas.

Hubble Network est une entreprise américaine spécialisée dans la connectivité IoT par satellite. Elle développe une constellation en orbite terrestre basse associée à un réseau terrestre Bluetooth. La société vient parallèlement de lever 200 millions de dollars, portant son financement total à 300 millions de dollars et sa valorisation annoncée à 1,6 milliard de dollars.

Le Bluetooth quitte la portée de quelques mètres pour tenter d’atteindre l’orbite

Le Bluetooth est traditionnellement associé aux communications à courte distance. Smartphones, montres, écouteurs, capteurs ou accessoires utilisent la bande des 2,4 GHz pour échanger des données avec une consommation relativement faible.

A relire : Une mise à jour de firmware masque complètement l’empreinte unique Bluetooth d’un appareil

Les chercheurs de l’Université de Californie à San Diego ont développé une mise à jour de firmware qui masque l’empreinte Bluetooth unique d’un appareil, éliminant une vulnérabilité critique.

La proposition de Hubble paraît donc contre-intuitive : recevoir depuis l’espace un signal provenant d’un émetteur Bluetooth.

L’entreprise travaille précisément sur cette difficulté depuis plusieurs années.

Son architecture exploite des satellites en orbite terrestre basse dotés de récepteurs capables de détecter les signaux extrêmement faibles produits par des équipements Bluetooth au sol.

L’objectif n’est évidemment pas de transformer Bluetooth en connexion haut débit comparable à Starlink ou à une liaison 5G.

Les quantités de données visées sont beaucoup plus faibles.

Une balise de suivi peut par exemple transmettre son identité et sa position. Un capteur industriel peut envoyer quelques mesures. Un conteneur peut signaler son état ou son passage dans une zone déterminée.

Ces applications ont besoin de transmettre peu de données mais doivent parfois fonctionner dans des endroits où aucun réseau cellulaire ou Wi-Fi n’est disponible.

C’est précisément là que l’approche de Hubble devient intéressante.

Habituellement, ajouter une connexion satellite signifie intégrer un modem supplémentaire, son antenne et l’électronique associée.

Pour un équipement coûteux, cette dépense reste acceptable. Elle devient beaucoup plus difficile à justifier pour une petite balise vendue quelques euros.

Hubble affirme que son architecture peut exploiter la radio Bluetooth LE déjà présente dans l’objet.

Une mise à jour du firmware pourrait suffire pour certains appareils existants

L’un des éléments les plus intéressants de l’annonce concerne les équipements déjà conçus.

Hubble indique qu’un appareil utilisant une radio Bluetooth LE compatible peut dans certains cas rejoindre son réseau après une mise à jour du firmware, sans ajouter de modem satellite.

Cela ne signifie pas que n’importe quel casque ou clavier Bluetooth peut immédiatement envoyer des données dans l’espace.

Le matériel, l’antenne, le logiciel et le cas d’usage doivent être compatibles avec le système.

La portée commerciale de cette affirmation concerne surtout les fabricants d’objets IoT.

Une entreprise ayant déjà développé un tracker Bluetooth pourrait théoriquement ajouter une couverture satellite sans redessiner entièrement son électronique.

Pour un nouveau produit, Hubble estime que le coût matériel supplémentaire nécessaire peut rester inférieur à 0,50 dollar, selon le scénario envisagé. Cette approche modifie potentiellement l’économie de l’IoT satellite.

Les solutions NTN cellulaires progressent elles aussi rapidement, notamment avec les standards 3GPP. Elles nécessitent toutefois généralement un modem capable de gérer les technologies correspondantes.

Hubble suit une voie différente : réutiliser l’immense écosystème Bluetooth existant.

Le Bluetooth LE est déjà intégré dans de nombreux microcontrôleurs destinés aux capteurs, wearables et équipements industriels.

Si cette même radio peut également servir ponctuellement de liaison satellite, un fabricant réduit le nombre de composants radio à intégrer.

Le réseau associe infrastructure terrestre Bluetooth et satellites LEO

Hubble ne mise pas exclusivement sur l’espace.

La société exploite une architecture hybride comprenant un réseau terrestre et sa constellation satellitaire.

Elle revendique plus de 100 millions de passerelles terrestres réparties dans 170 pays et plus de 500 000 appareils actifs, soit plus de dix fois le niveau annoncé un an auparavant.

Le satellite peut ainsi servir d’extension lorsque l’objet quitte la couverture terrestre.

Prenons l’exemple d’un conteneur.

Lorsqu’il se trouve dans un entrepôt ou une zone logistique équipée, sa balise peut communiquer avec une passerelle Bluetooth classique. Une fois transporté dans une région isolée, la même balise peut tenter d’envoyer ses informations vers un satellite Hubble.

Cette architecture permet de réserver la communication satellitaire aux situations où elle est réellement nécessaire. Elle peut également limiter la consommation énergétique.

Une liaison satellite demande davantage de contraintes qu’une communication Bluetooth locale. Un capteur fonctionnant plusieurs années sur une petite batterie doit donc optimiser la fréquence de ses transmissions.

Hubble vise précisément les applications dans lesquelles quelques messages périodiques suffisent. La société cite notamment le suivi d’actifs et la télémétrie.

Samsara fait partie des entreprises ayant expérimenté cette technologie pour maintenir une visibilité sur des équipements situés hors des zones couvertes par les réseaux conventionnels.

Six satellites aujourd’hui et un objectif de 60 satellites en 2030

La principale limite actuelle vient de la taille de la constellation.

Hubble exploite actuellement six satellites en orbite basse et prévoit d’en disposer de 60 d’ici 2030. Cette différence est importante. Une constellation réduite ne peut pas fournir la même fréquence de passage ou la même disponibilité qu’un réseau composé de centaines ou milliers de satellites.

Pour un tracker qui doit transmettre sa position quelques fois par jour, cette contrainte peut être acceptable. Pour une application nécessitant une connexion permanente ou des échanges quasi instantanés, elle devient beaucoup plus problématique. Il faut donc éviter de présenter la solution comme un remplacement du réseau mobile.

Elle vise des besoins différents.

Le financement de 200 millions de dollars annoncé simultanément doit notamment permettre à Hubble d’étendre sa constellation. La société travaille également avec des fabricants de semi-conducteurs comme Texas Instruments afin d’intégrer plus facilement la compatibilité dans les futurs produits.

Plus le nombre de chipsets compatibles augmente, plus la technologie peut devenir intéressante pour les fabricants.

Bluetooth, 5G NTN et LoRaWAN dessinent plusieurs voies vers l’IoT mondial

L’annonce intervient dans une semaine particulièrement riche pour l’IoT.

La LoRa Alliance vient d’annoncer 150 millions d’appareils LoRaWAN déployés, tandis qu’OpenRoaming et FIDO travaillent à simplifier l’intégration automatique d’objets sur les réseaux Wi-Fi. Ces deux sujets ont déjà été publiés aujourd’hui sur Planet Sans Fil.

Le satellite ajoute une troisième dimension.

Les standards 3GPP NTN cherchent à étendre les technologies cellulaires jusque dans l’espace. Hubble propose de son côté de partir du Bluetooth. Ces solutions ne sont pas nécessairement concurrentes.

Un tracker très économique peut privilégier Bluetooth. Un véhicule peut intégrer une connexion 5G NTN. Un compteur fixe peut utiliser LoRaWAN. L’intérêt réside de plus en plus dans la possibilité de sélectionner la technologie adaptée au volume de données, à l’autonomie et au coût du terminal.

La technologie conçue à l’origine pour remplacer quelques câbles autour d’un ordinateur ou d’un téléphone devient ici l’interface radio d’un réseau couvrant potentiellement la planète.

Récapitulatif technique

  • Technologie terminal : Bluetooth Low Energy
  • Infrastructure : réseau terrestre + satellites LEO
  • Satellites actuellement annoncés : 6
  • Objectif : 60 satellites en 2030
  • Appareils actifs sur réseau terrestre : plus de 500 000
  • Passerelles terrestres revendiquées : plus de 100 millions
  • Couverture terrestre annoncée : 170 pays
  • Ajout satellite : firmware possible sur certains équipements compatibles
  • Usages : tracking, capteurs, logistique, IoT industriel
  • Débit : destiné aux faibles volumes de données

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À propos de l'auteur

David Peruch
David Peruch est responsable éditorial de Planet Sans Fil, média francophone consacré aux technologies sans fil. Depuis deux décennies, il couvre le Wi-Fi, le Bluetooth, les réseaux mobiles, les objets connectés, les smartphones, l’audio et la maison connectée. Auteur de plus de 14 000 articles, il publie des actualités, dossiers, comparatifs et tests destinés à rendre les nouvelles technologies accessibles au grand public.

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